Matthieu Duperrex

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En résidence en novembre 2026

Matthieu Duperrex

Artiste-chercheur, maître de conférences des Écoles nationales supérieures d’architecture, Matthieu Duperrex travaille depuis plus de 15 ans sur les questions urbaines, de paysage et d’écologie. Issu d’un parcours littéraire, il est diplômé en philosophie, économie, sociologie et arts plastiques. Sa production scientifique – abondante et reconnue – est positionnée dans les champs des humanités écologiques et de l’anthropologie des techniques et des infrastructures. Performances, installations, films, photographie, éditions multimédia, commissariat d’idées, récits littéraires… Ses créations débordent les assignations disciplinaires et procèdent toujours d’enquêtes de terrain sur des milieux anthropisés et territoires sentinelles. Il s’intéresse à l’ordre minéral, aux socio-hydrosystèmes complexes, aux processus de féralité, aux sciences de la zone critique et à l’esthétique du paysage

Son projet de résidenceSalmo salar, ou le paysage-fleuve

Il y a environ 2000 rivières à saumons des deux côtés de l’océan Atlantique Nord. Sous l’effet de l’industrialisation et de la dégradation de la qualité de l’eau, des populations entières de saumons ont disparu de certains cours d’eau. On a recensé le tout dernier saumon de la Tamise en 1833. C’est au milieu du XIXe siècle que les bassins de Dordogne et de Garonne voient disparaître progressivement leurs saumons en raison de surpêches et de barrages. La population autochtone ayant totalement disparu du bassin Garonne-Dordogne, la restauration du saumon passait inéluctablement par du repeuplement. En 1975, un plan national « saumon » est lancé, d’abord appliqué en Dordogne avant d’être suivi pour la Garonne cinq ans plus tard. Des programmes quinquennaux précisent les objectifs de réintroduction à partir de 1984. Et en 1989, une association dédiée est créée, Migrateurs Garonne-Dordogne (MIGADO), pour la maîtrise d’ouvrage de cette restauration. Le Saumon atlantique (Salmo salar) est une espèce piscicole migratrice amphialine, qui passe dans son cycle de vie d’un milieu doux à un milieu marin et réciproquement, ce qui implique dévalaison et montaison des cours d’eau lors desquelles la « continuité écologique » est déterminante. Selon certains auteurs, il y aurait dans l’acception de la notion de continuité écologique une perspective pas seulement bio-centrique (où le non-humain ordonne l’appréhension du « bon » milieu), mais éco-centrique, c’est-à-dire qui n’accorde pas de valeur intrinsèque à la faune et aux sédiments mais s’intéresse à leur rapport rendant possible une diversité d’habitats pour les poissons. Il est vrai que l’écosystème de référence visé par la restauration, s’il entend réduire des dégradations anthropique, ne signifie cependant pas un retour à une nature non altérée par l’activité humaine. Toutefois, on est bien en peine de voir émerger cette tension notionnelle dans la littérature technique ou de programmation des Agences de l’Eau et autres institutions. Le saumon de la Garonne constitue un bon exemple pour vérifier cela.

Cette enquête menée à partir du Bazacle de Toulouse jusqu’à l’estuaire de la Gironde montre combien le saumon atlantique, poisson iconique, est devenu un animal-cyborg indissociable de réseaux sociotechniques d’une grande complexité. Une manière inédite de raconter le paysage-fleuve…