Le sixième jour
Cinéaste égyptien d’avant-garde, Youssef Chahine (1926-2008) a su éclairer les enjeux socio-culturels africains et arabes grâce à son œuvre riche, engagée et universelle.
L’Institut des Afriques, la Villa Valmont, le Cinéma Utopia et le Fidadoc s’associent pour rendre hommage à ce grand réalisateur à l’occasion du centenaire de sa naissance, le temps d’une soirée le vendredi 3 juillet dans les jardins de la Villa Valmont.
La soirée débutera en musique avec une plongée joyeuse dans l’univers de Chahine grâce à un dj-set curaté par DJOMBO autour des musiques qui ont nourri, accompagné et traversé son œuvre : les grandes voix et orchestres d’Égypte, du Maghreb et du Moyen-Orient des années 40 aux années 60.
Une fois la nuit tombée, place à une séance de cinéma sous les étoiles avec la projection du film Le Sixième jour de Chahine, adaptation du roman éponyme d’Andrée Chedid, entre mélodrame, critique politique et comédie musicale avec Dalida dans le rôle principal !
Le Sixième jour de Youssef Chahine
Egypte – 1986 – 105 min – Comédie dramatique
Le Caire 1947 : l’épidémie de choléra bat son plein. Saddika vit avec son mari paralytique et son petit-fils Hassan dans un sous-sol. Elle pallie l’aridité de sa vie en revoyant inlassablement des mélos au cinéma local. Un jour Hassan ramène à la maison Okka, le séduisant montreur de singes, qui découvre facilement la femme dans la mère sacrifiée. Mais Hassan est atteint par la terrible maladie et Saddika mettra tout en œuvre pour sauver son petit-fils.
« Chacun de mes films naît d’un événement personnel, d’un coup de gueule. Je m’insurge contre toute forme de censure et d’intolérance. Je suis né en 1926 à Alexandrie. J’ai grandi, entre deux guerres, dans une ville cosmopolite, laïque, où les musulmans vivaient en grande intelligence avec les chrétiens et les juifs. C’était l’exemple même d’une société platonicienne où toutes les communautés, les religions se côtoyaient sans heurts, s’acceptaient dans leurs différences. Qu’est devenu ce Moyen-Orient de paix, d’échanges, de tolérance et d’œcuménisme ? Le cinéaste que je suis ne peut rester indifférent aux problèmes qui l’entourent. Je refuse d’être un amuseur. Témoin de mon temps, mon devoir est d’interroger, de réfléchir, d’infirmer. »
– Youssef Chahine
« Ce Chahine, c’est un voleur d’âme… Et j’ai perdu mon identité. […] La caméra, ce n’est pas comme le public, elle a un œil froid et impitoyable. Pourtant le music-hall, c’est bien plus difficile que le cinéma. Il est vrai que Chahine m’aidait beaucoup. Il me disait : “Tu as eu beaucoup de souffrance dans ta vie, la souffrance est en toi, tu vas nous la redonner.” »
(Dalida, Le Nouvel Observateur, 11 avril 1986)
Dalida se dira transformée par ce rôle, qu’elle associera à une forme d’analyse et pour lequel elle a renoncé à son confort pendant plusieurs mois, appris l’arabe phonétiquement et revêtu des habits sobres ainsi qu’un voile noir. Dans une interview télévisée, elle déclarera : « Je ne sais pas qui c’est Dalida, maintenant ». Pour la sortie du film, elle enregistrera son ultime chanson, Le Sixième Jour, avant de se suicider, seulement cinq mois après la sortie du film.
© Le sixième jour, Youssef Chahine
Youssef Chahine
« Gare centrale, Le Moineau, L’Émigré, Le Destin… Né à Alexandrie, Youssef Chahine a signé une œuvre généreuse, courageuse, combative, inventive, sans cesse inspirée par sa vie de cinéaste et de citoyen, nourrie du souvenir des films hollywoodiens de son enfance, en particulier les comédies musicales, ne reculant ni devant une reconstitution historique (Saladin, Adieu Bonaparte) ni devant l’évocation autobiographique (Alexandrie pourquoi ?, La Mémoire, Alexandrie encore et toujours).
Pour tous les amoureux de cinéma, égyptien en particulier, Youssef Chahine est une figure incontournable, un nom indélébile, une voix qui s’élève et qu’on associe presque inconsciemment à l’Orient, au monde arabe, au tiers-monde. Il incarne un cinéma engagé, qui mêle divertissement et combat, et qui porte les nuances d’un caractère complexe, souvent mal compris, parfois mal aimé. Chahine dénonce l’impérialisme tout en aimant l’Occident, s’attaque à l’islamisme tout en défendant le monde musulman, s’oppose aux nationalisations de Nasser tout en tirant à boulet rouge sur l’Égypte oligarchique de Moubarak. Chahine est tout cela à la fois car il est, avant tout autre chose, un esprit libre. »
– Amal Guermazi, la Cinémathèque française